Pendant vingt-deux ans, Sandrine a été vendeuse dans un magasin de vêtements d’un centre commercial près de Toulouse. Elle aimait le contact avec les clients, mais elle souffrait de plus en plus : les horaires du samedi, les douleurs au dos à force de rester debout, et surtout l’impression de ne plus progresser. « À quarante-cinq ans, je me suis demandé si j’allais faire ça jusqu’à la retraite. La réponse était non. »
Depuis toujours, Sandrine rêvait de travailler avec des enfants. Elle s’est renseignée et a découvert qu’elle pouvait devenir auxiliaire de puériculture, c’est-à-dire aider les infirmières à s’occuper des bébés dans les crèches et les maternités. La formation dure un an, avec des cours théoriques et plusieurs stages.
Le plus grand obstacle était financier. Comment payer ses factures pendant un an sans salaire ? Une conseillère de France Travail lui a parlé du projet de transition professionnelle. Grâce à ce dispositif, son employeur devait la laisser partir en formation, et elle continuait à recevoir une grande partie de son salaire. Il a fallu monter un dossier épais, avec des lettres de motivation et un devis de l’école. L’attente a duré quatre mois. « J’étais persuadée qu’on allait me le refuser. »
Finalement, le dossier a été accepté. En septembre, Sandrine s’est retrouvée assise dans une salle de classe, entourée de jeunes de vingt ans. Les premières semaines ont été difficiles : elle avait oublié comment prendre des notes et réviser. Les cours de biologie lui paraissaient très compliqués. Mais son expérience l’aidait aussi : elle savait gérer le stress et parler aux parents inquiets, ce qui impressionnait ses formatrices.
Son stage dans une crèche municipale a été une révélation. « Le premier jour, une petite fille de dix mois s’est endormie dans mes bras. J’ai su que j’avais fait le bon choix. »
Aujourd’hui, Sandrine a obtenu son diplôme et elle travaille dans le service de maternité d’un hôpital. Elle gagne à peu près la même chose qu’avant, mais elle se lève le matin avec envie. « Ce n’est jamais trop tard pour changer », dit-elle.