Jacqueline Morel, soixante-dix-neuf ans, habite seule à Angers depuis la mort de son mari. Elle se débrouille très bien avec son ordinateur : elle écrit des e-mails à ses petits-enfants, elle regarde des recettes et elle consulte son compte bancaire en ligne. C’est justement ce qui a failli lui coûter très cher.
Un mardi après-midi, son téléphone a sonné. Un homme poli, à la voix rassurante, s’est présenté comme un conseiller du service antifraude de sa banque. Il connaissait son nom, son adresse et même le nom de son agence. « Madame Morel, nous avons détecté un paiement suspect de mille deux cents euros sur votre carte, en Espagne. Est-ce vous qui l’avez fait ? » Jacqueline, paniquée, a répondu que non.
L’homme lui a expliqué qu’il fallait agir tout de suite pour bloquer l’opération. Elle allait recevoir un code par SMS, et elle devait le lui lire pour « annuler » le paiement. Ensuite, pour protéger son argent, il lui conseillait de transférer ses économies sur un « compte sécurisé » temporaire. Il lui a même dicté un numéro de compte.
C’est à ce moment que quelque chose l’a fait hésiter. Le SMS qu’elle venait de recevoir disait : « Code pour valider l’ajout d’un nouveau bénéficiaire. Ne le communiquez jamais. » Jacqueline s’est souvenue d’un reportage qu’elle avait vu à la télévision. Elle a dit à l’homme qu’elle préférait rappeler sa banque elle-même. Le ton du conseiller a immédiatement changé : il est devenu pressant, puis agressif, avant de raccrocher.
Jacqueline a appelé son agence avec le numéro inscrit au dos de sa carte. La conseillère lui a confirmé qu’il n’y avait jamais eu de paiement en Espagne. C’était une arnaque très répandue, appelée « fraude au faux conseiller ». Par précaution, elle a fait opposition à sa carte et a changé ses mots de passe.
« J’ai eu de la chance, dit-elle. J’étais à deux doigts de lui donner le code. » Depuis, elle raconte son histoire à toutes ses amies du club de lecture. Et elle répète la règle d’or : une banque ne vous demandera jamais un code par téléphone.