Il y a quinze ans, Saint-Julien-du-Lot, un petit village du Quercy, semblait condamné. L’école avait fermé en 2008, faute d’enfants. La dernière épicerie avait baissé le rideau deux ans plus tard. Il ne restait que quatre-vingts habitants, presque tous retraités, et beaucoup de maisons du centre étaient à vendre ou abandonnées. « Les jeunes partaient à Cahors ou à Toulouse et ne revenaient jamais », se souvient Marcel, quatre-vingt-un ans, qui a passé toute sa vie ici.
Tout a changé grâce à une nouvelle maire, élue en 2010. Claire Vidal, ancienne professeure de géographie, avait une idée simple : si le village voulait survivre, il devait attirer de nouvelles familles. Avec le conseil municipal, elle a d’abord racheté plusieurs maisons abandonnées pour les rénover et les louer à bas prix à des jeunes couples. Ensuite, elle s’est battue pendant des années pour que le village soit raccordé à la fibre optique. « Sans Internet rapide, personne ne pouvait travailler ici. »
Les premiers à arriver ont été un couple de Parisiens, graphistes, qui travaillaient à distance. Ils ont été suivis par une famille de boulangers, qui a rouvert la boulangerie, puis par une potière, un menuisier et une jeune médecin. Petit à petit, le bouche-à-oreille a fonctionné.
Aujourd’hui, Saint-Julien compte deux cent dix habitants. L’école a rouvert en 2019 avec une classe unique de vingt-deux élèves. L’ancienne épicerie est devenue un café associatif, où l’on peut acheter des produits locaux, boire un verre et participer à des ateliers. Chaque été, un festival de musique attire des centaines de visiteurs.
Tout n’est pas parfait. Certains anciens habitants se plaignent que les prix des maisons ont augmenté, et quelques conflits ont éclaté entre « nouveaux » et « anciens ». Mais Marcel, lui, est ravi. « Quand j’entends les enfants jouer dans la cour de l’école, je me dis que mon village a encore un avenir. »