Quand j’étais enfant, à Limoges, dans les années quatre-vingt-dix, l’information arrivait chez nous de deux façons. Le matin, mon grand-père descendait acheter Le Populaire du Centre au bureau de tabac, et il le lisait en entier, page par page, avec son café. Le soir, à vingt heures, toute la famille se taisait pour le journal télévisé. Personne n’avait le droit de parler pendant les titres. Les nouvelles, c’était un rituel, presque un moment sacré.
Aujourd’hui, ce rituel a complètement disparu. Mon père, qui a soixante-huit ans, est le seul à acheter encore un journal papier, mais seulement le dimanche. En semaine, il lit les articles sur sa tablette. Il s’est abonné à la version numérique d’un quotidien national, ce qui lui coûte moins cher que le papier. « Je regrette l’odeur de l’encre, mais je ne retournerais pas en arrière », dit-il.
Ma mère, elle, écoute surtout la radio. Elle a toujours aimé France Inter et, désormais, elle écoute des podcasts pendant qu’elle cuisine ou qu’elle marche. Elle trouve que c’est plus calme que la télévision, où tout le monde se coupe la parole.
Moi, j’avoue que je ne regarde plus jamais le journal de vingt heures. Je m’informe sur mon téléphone, avec des notifications d’applications de presse, et je lis des newsletters le matin dans le métro. Le problème, c’est que je lis souvent seulement les titres. Parfois, je me rends compte que je crois savoir quelque chose alors que je n’ai lu que deux lignes.
Quant à mes enfants, qui ont quinze et dix-sept ans, ils découvrent l’actualité presque uniquement sur les réseaux sociaux, à travers des vidéos courtes. Cela m’inquiète un peu : comment savoir si une information est vraie ? À la maison, nous avons donc décidé d’une nouvelle règle. Le dimanche midi, chacun raconte une information qui l’a marqué dans la semaine, et nous en discutons ensemble. Ce n’est pas le journal de vingt heures, mais c’est peut-être notre nouveau rituel.