Lucía Méndez est arrivée de Buenos Aires à Nantes il y a dix mois, quand son compagnon a été muté dans une entreprise de la région. En Argentine, elle travaillait depuis sept ans comme graphiste dans une agence de publicité. En France, elle a d’abord dû améliorer son français, puis faire reconnaître son diplôme. Après une quarantaine de candidatures sans réponse, elle a enfin été convoquée à un entretien dans un studio de design spécialisé dans les emballages.
La veille, elle a préparé son portfolio avec soin. Elle avait choisi dix projets, dont une campagne pour une marque de vin qui avait gagné un prix à Buenos Aires. Une amie française l’avait aidée à répéter les questions classiques : « Parlez-moi de vous », « Quels sont vos défauts ? », « Pourquoi voulez-vous travailler chez nous ? »
Le jour J, elle est arrivée avec quinze minutes d’avance. Deux personnes l’ont reçue : la directrice artistique et un responsable des ressources humaines. L’entretien a commencé de façon plutôt détendue, mais très vite, les questions sont devenues plus précises. « Vous connaissez les contraintes du marché français, notamment les règles sur l’étiquetage ? » Lucía a reconnu qu’elle devait encore se former sur ce point, mais elle a expliqué qu’elle apprenait vite et qu’elle avait déjà travaillé avec des normes très strictes en Argentine.
Ce qui l’a le plus surprise, c’est la question sur ses prétentions salariales. En Argentine, on en parlait rarement dès le premier entretien. Heureusement, son amie l’avait prévenue, et elle avait vérifié les salaires moyens pour son poste.
À la fin, la directrice lui a demandé de réaliser un petit exercice à la maison : imaginer l’emballage d’un nouveau thé bio. Lucía y a passé tout le week-end. Dix jours plus tard, elle a reçu un appel. On lui proposait un contrat de six mois, qui pourrait devenir un CDI. « Ce n’est qu’un début, dit-elle, mais pour la première fois depuis mon arrivée, je me sens vraiment à ma place. »