Il y a deux ans, Manon, vingt-quatre ans, achetait un nouveau vêtement presque chaque semaine. Des t-shirts à cinq euros, des robes à quinze euros, commandés en ligne en quelques clics. Son armoire débordait, mais elle avait toujours l’impression de n’avoir « rien à se mettre ». Beaucoup de vêtements n’avaient été portés qu’une ou deux fois.
Tout a changé un dimanche soir, devant un documentaire sur la « fast fashion ». Elle y a découvert des usines au Bangladesh où des ouvrières travaillent douze heures par jour pour un salaire de misère. Elle a vu des montagnes de vêtements jetés dans un désert au Chili et des rivières colorées par les teintures. Elle a appris que l’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde et qu’il faut environ deux mille sept cents litres d’eau pour fabriquer un seul t-shirt en coton. « J’ai eu honte. J’avais l’impression de participer à tout ça sans le savoir. »
Le lendemain, elle a pris une décision : pendant un an, plus aucun vêtement neuf. D’abord, elle a fait le tri dans son armoire. Elle a vendu une partie de ses vêtements sur une application de seconde main et donné le reste à une association. Ensuite, elle a découvert les friperies de Nantes, les vide-greniers du dimanche et les bourses aux vêtements.
Au début, ce n’était pas facile. Il faut du temps pour trouver la bonne taille, et on ne trouve pas toujours ce qu’on cherche. Mais Manon y a pris goût. « Fouiller dans une friperie, c’est comme une chasse au trésor. » Elle a trouvé un manteau en laine des années soixante-dix et une veste en cuir pour vingt euros. Elle a aussi appris à recoudre un bouton et à faire de petites retouches.
Un an plus tard, le bilan est positif. Manon a dépensé quatre fois moins d’argent, son style est plus personnel et elle reçoit souvent des compliments. Elle n’est pas devenue parfaite : elle a acheté une paire de chaussures de sport neuves. Mais elle a gardé ses nouvelles habitudes. « Aujourd’hui, avant d’acheter, je me demande : est-ce que je vais le porter au moins trente fois ? »