En septembre, quand la directrice de l’école primaire de son fils a cherché des parents pour les élections des représentants au conseil d’école, Mathieu, trente-neuf ans, a levé la main presque sans réfléchir. Chauffeur-livreur à Poitiers, il n’avait jamais fait partie d’aucune association. « Je me suis dit : je me plains souvent de l’école, alors autant essayer de changer les choses. »
Il s’est présenté sur une liste avec quatre autres parents, toutes des mères. Ensemble, ils ont écrit une courte profession de foi, distribuée dans les cartables : plus de sorties scolaires, une cantine de meilleure qualité, une cour plus verte. Leur liste a été élue, avec soixante pour cent de participation, un chiffre plutôt élevé.
Le conseil d’école se réunit trois fois par an. Autour de la table, il y a la directrice, les enseignants, un représentant de la mairie et les parents élus. On y vote le règlement intérieur, on discute des projets pédagogiques, des travaux, de la sécurité et de la cantine. La première réunion a surpris Mathieu. « Je pensais qu’on allait décider de tout. En fait, beaucoup de choses dépendent de la mairie ou de l’Éducation nationale. Notre rôle, c’est surtout de donner l’avis des familles et de poser des questions. »
Il a appris à faire un vrai travail de terrain. Avant chaque conseil, les parents élus envoient un questionnaire aux familles et récoltent leurs remarques. Certaines sont faciles à transmettre, d’autres plus délicates, comme les plaintes contre un enseignant. Mathieu a appris à rester diplomate et à séparer les problèmes personnels des questions collectives.
La première année a apporté quelques victoires. Grâce à leur insistance, la mairie a installé des arbres et des bancs dans la cour, et la cantine propose désormais des produits bio deux fois par semaine. Les parents ont aussi organisé une kermesse qui a rapporté deux mille euros pour financer une classe de découverte.
Aujourd’hui, Mathieu se représente pour un deuxième mandat. Son fils est fier de lui. « Mon papa, il parle avec la directrice comme un chef », dit-il à ses copains. Mathieu rit : « Je ne suis pas un chef. Mais j’ai compris que l’école, c’est aussi l’affaire des parents. »