Chaque matin, à huit heures et quart, la rue devant l’école primaire Jean-Jaurès, à Grenoble, était le théâtre du même chaos. Des dizaines de voitures s’arrêtaient en double file, les moteurs tournaient, les klaxons sonnaient. Les parents pressés déposaient leurs enfants au milieu de la rue. « Un jour, une voiture a reculé et a failli renverser un enfant de six ans, raconte Sandrine, mère de deux élèves. Ce jour-là, on s’est dit que ça ne pouvait plus durer. »
Avec d’autres parents, elle a créé un collectif et demandé à la mairie de fermer la rue aux voitures aux heures d’entrée et de sortie des classes. L’idée existe déjà dans plusieurs villes françaises sous le nom de « rue aux écoles ». La mairie a accepté de faire un essai de trois mois.
Des barrières amovibles ont été installées, gardées le matin par des agents municipaux et des parents bénévoles. Pendant une demi-heure, matin et soir, seuls les piétons, les vélos et les riverains pouvaient circuler. Les parents en voiture devaient se garer plus loin et finir à pied.
Les premières semaines ont été tendues. Certains parents étaient furieux. « Je dépose mon fils et je pars au travail, je n’ai pas dix minutes à perdre », protestait un père. Des commerçants craignaient de perdre des clients. Quelques automobilistes ont même déplacé les barrières.
Mais peu à peu, l’ambiance a changé. Les enfants ont commencé à venir à pied, à vélo ou en trottinette. Des parents ont organisé un « pédibus », un groupe d’enfants accompagnés à pied par des adultes, qui ramasse les élèves à différents arrêts du quartier. Devant l’école, on entend maintenant des rires au lieu des klaxons. Des mesures ont montré que la pollution de l’air avait baissé de manière significative aux heures d’entrée.
Après les trois mois d’essai, un sondage a montré que soixante-dix pour cent des familles voulaient continuer. La mairie a rendu la fermeture définitive et prévoit de planter des arbres et d’installer des bancs. Même le père qui protestait a changé d’avis : il vient maintenant à vélo avec son fils. « On discute en chemin. C’est devenu notre moment à nous. »