Depuis trente ans, Josiane, soixante-quatorze ans, va au marché d’Aix-en-Provence trois fois par semaine : le mardi, le jeudi et le samedi. Elle part de chez elle à huit heures, avec son panier en osier et son vieux porte-monnaie rouge.
Elle commence toujours par le même stand : celui de Monsieur Roux, le maraîcher. Elle lui achète des tomates, des courgettes et des herbes. Il connaît ses goûts et il lui garde toujours les plus belles tomates. Ensuite, elle va chez le fromager. Elle prend un petit chèvre et un morceau de comté. Le fromager lui demande toujours des nouvelles de ses petits-enfants.
Après, elle achète du poisson chez une dame qui vient de Marseille. Et à la fin, elle s’arrête chez le fleuriste. Elle prend un petit bouquet de lavande ou de tournesols pour sa table.
Au marché, Josiane connaît tout le monde. Depuis la mort de son mari, il y a six ans, ces matinées sont très importantes pour elle. Elle discute, elle rit, elle donne des recettes.
Un samedi de mai, elle n’est pas venue. Elle avait de la fièvre. Le mardi suivant, quand elle est revenue, Monsieur Roux lui a offert un melon : « On s’est inquiétés pour vous, Josiane ! »